d'après la Tapisserie de Bayeux

Motte castrale de Drouilles (Commune de Saint-Eloi)

Située à 8 km de Sardent, à Drouilles sur la commune de Saint-Eloi, elle a fait l'objet de plusieurs fouilles dont la dernière en date s'est déroulée en août 2001. Il s'agissait, pour un groupe de jeunes archéologues hébergés à Sardent, de retrouver les traces de la Basse-Cour.

 

L’habitat seigneurial fortifié au Xème siècle

L’enceinte

L’enceinte s’inspire du principe du bouclier. À l’abri d’un obstacle, qui peut être une levée de terre précédée d’un fossé, une palissade est érigée à l'intérieur de laquelle se dispersent les bâtiments d’usage domestique et les trois constructions caractéristiques de la résidence seigneuriale: salle de séjour et d’apparat (généralement située à l’étage d’une grande maison rectangulaire dont le rez-de-chaussée est occupé par les réserves et les cuisines), la chambre (partie privée de la résidence) et la chapelle.

Le donjon à motte

Tour fortifiée résidentielle, le donjon est une création de la fin du Xe siècle, surtout sous sa forme la plus originale, la motte surmontée d’une demeure en bois.

Parmi les multiples formes qu'ont pris au cours du moyen âge, les résidences seigneuriales fortifiées, le "château à motte" est à la fois la plus modeste et la plus originale. Particulièrement nombreux en Angleterre en Allemagne et dans le nord de la France, ils sont plus rares dans le centre ou le sud. Dans sa forme la plus classique, la motte est composée d'un monticule de terre. A son pied se trouve une plate-forme ou basse-cour. Le tout est protégé par un fossé. Un château de terre et de bois requiert 8000 arbres.

Dessin de J.Cancalon 1843

La motte, qui mesure jusqu’à 100 mètres de diamètre à la base et 20 mètres de hauteur, est un tertre en terre partiellement ou totalement artificiel, de forme ronde, au profil convexe ou tronconique, toujours entouré d’un fossé. Sur la motte est érigée une tour en bois. On y accède par une passerelle qui prend appui sur le bord extérieur du fossé et s’élève jusqu’au sommet de la motte. Celui-ci est entouré d’une palissade ou chemise, qui forme enclos et protège la base de la tour.

La tour pouvait être une construction vaste et complexe. Au rez-de-chaussée, les celliers pour le vin et le grain. Au premier étage, la chambre seigneuriale, des chambrettes pour les serviteurs. Au second, le dortoir des filles, celui des garçons et la salle de garde d’où les veilleurs montaient par une échelle sur la terrasse pour guetter. Cette tour était doublée d’un puissant avant-corps qui servait de garde-manger, de cuisines, de logement et de chapelle.

Il reste toujours des bâtiments (granges, écuries, forge) qui doivent prendre place dans un enclos annexe, la basse-cour. Tandis qu’une enceinte résidentielle peut se concevoir sans donjon, un donjon résidentiel ne peut se passer de basse-cour. D'après l'Encyclopædia Universalis.

La motte castrale de Drouilles

" Le tumulus primitif avait été, à une époque moins ancienne, entièrement revêtu d'une nouvelle couche de tuf granitique qui doubla ses proportions. Le sommet resta aplati et si lors de la fouille il était en forme de dôme, c'est que ce sommet était jonché des débris d'un donjon qu'on y avait édifié. Sur la plate-forme de la motte féodale étaient étendus une couche de froment calciné puis, au-dessus, des pierres, des cendres, des charbons provenant de pièces de bois traversant toute la largeur de la butte.

Le feu avait été si intense que toutes les pierres étaient calcinées et s'égrenaient sous les doigts. Dans ces débris furent trouvés des ossements que les ouvriers déclarèrent avoir appartenu à l'espèce humaine mais qui n'ont pas été étudiés. " Cancalon signale en outre des fers à chevaux et une meule de moulin à bras...

Pierre de Cessac donne la description et le dessin des objets qui furent envoyés au musée de Guéret en 1846. Il reprend ensuite les éléments connus sur la structure du tumulus principal et ajoute : " Le souvenir de la dernière utilisation de ces buttes s'était conservé quoique altéré dans les souvenirs du pays car on lit, dans le Mémorial de la Creuse, que les paysans du voisinage racontent que ces tumulus servaient dans les temps de guerre à éclairer la marche de l'ennemi ".

Le docteur Janicaud signale pour sa part qu'un tronçon de voie romaine passe au pied des tumulus ; il indique également la présence à Drouilles de vestiges de construction : tégulae, imbrices, tessons divers, monnaies romaines, plusieurs sépultures en coffres de granite.

André Lecler, outre les tumulus, signale aussi de nombreux vestiges de l'époque romaine et une monnaie en or mérovingienne " qui porte d'un côté un buste à droite avec l'inscription CAMBIDONO FITVR. Au revers un personnage debout sur quatre degrés, tenant une longue croix à la main droite, avec ces mots F'RANDO FICIT ". Enfin, une dernière information archéologique est donnée par le chanoine de Montaigut qui " appelle l'attention sur les deux tumulus de Drouilles [... ] dont l'un a été détruit lors de la construction d'une route et sur divers objets (bénitier, piscine), provenant de l'église disparue de Drouilles ".

Le cadastre actuel montre l'emplacement de la motte conservée en limite de la route. Il a subi de profondes modifications, ainsi qu'on peut le voir en le comparant avec l'ancien cadastre sur lequel on distingue parfaitement les deux mottes mais aussi l'emplacement de la basse-cour où était construite une maison, celle qui figure sur le dessin de Cancalon. La route qui passe au pied des mottes est sans doute l'ancien tronçon de voie romaine signalé par le docteur Janicaud.

A son intersection avec le ruisseau de Drouilles, elle passe peut-être sur la chaussée d'un ancien étang qui peut également avoir participé au système défensif des mottes.

Les recherches de prospection ont permis de confirmer la présence d'un muret concentrique en pierres sèches sur le pourtour de la motte non détruite. Sur la pente de celle-ci, un fragment de tuile a été retrouvé. Il est de facture médiévale.

De ces informations diverses, il est difficile de tirer des conclusions définitives sur l'évolution du site de Drouilles. L'origine protohistorique d'au moins une des mottes, suggérée par Pierre de Cessac, n'est pas corroborée par des éléments vérifiables. L'existence de la voie romaine au pied des tumulus est probable. C'est la présence de cette voie qui justifierait la présence des mottes au fond du vallon, sur un site à faible valeur défensive. Défenses qui pourraient être renforcées par la présence d'un ancien étang.

L'édification de ces monuments est au moins carolingienne puisque l'on trouve mention de Bertrand de Drouilles faisant donation de l'église de Sardent à la fin du Xe siècle. La destruction du site fut un épisode brutal. Incendie, restes humains laissés dans les décombres, présence de nombreux objets de métal non récupérés à une période où ils avaient une grande valeur, tout laisse à penser qu'il y eut destruction totale du site. A quelle époque cette destruction est-elle intervenue ? Les vestiges céramiques permettent d'approcher cette date. Nous proposons donc une datation vers la fin du XI siècle ou au XII siècle. Cette céramique, trouvée dans la zone d'activité métallurgique, semble un bon critère de datation pour situer l'époque de destruction. Cette date serait compatible avec la monnaie royale trouvée sur l'emplacement supposé de la basse-cour, monnaie émise dans la première moitié du XIe siècle.

Patrick LÉGER.

Extraits de : Mémoires de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse - tome 47 - Premier fasicule.


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